Montpellier : « Une enveloppe de béton transformé en matériau précieux »
Montpellier, first stone
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Entretien avec Josep Lluís Mateo.

Par Florence Jaroniak, Le Moniteur, le 25 mars 2019

L’architecte catalan Josep Lluís Mateo a pensé le futur grand pôle français de formation dans les métiers de la création et du numérique, à Montpellier. La première pierre du Campus Créatif de l’Ecole Supérieure des Métiers Artistiques (ESMA) a été posée le 21 mars 2019 sur le site de l’ex-École d’application de l’infanterie.

Quels sont les enjeux liés à ce campus ?

Il s’agit d’un projet très intéressant par sa mixité fonctionnelle complexe, puisqu’il réunit, en un même lieu, l’école et ses studios professionnels, des restaurants, un terrain de sport, des logements étudiants, etc. Autant d’espaces techniques ou de rencontres qu’il a fallu formaliser et organiser entre eux. Par ailleurs, il s’agit d’un des premiers bâtiments construits au sein d’un nouveau quartier développé sur le site d’une ex-caserne. La question était de savoir comment bâtir du neuf autour de l’ancien, comment concilier expression contemporaine et atmosphère militaire.

Comment avez-vous appréhendé le site ?

Pour établir un dialogue avec l’existant, j’ai voulu faire un bâtiment très sobre, précis, élégant, dans une enveloppe de béton transformé en matériau précieux par un travail subtil de textures, de couleurs et de finitions. A la rigidité de la structure extérieure, répond une grande vivacité intérieure qui reflète la multiplicité des espaces et des fonctions. Cette logique a aussi imposé un traitement différent des façades : opacité vers l’extérieur et transparence à l’intérieur, grandes ouvertures pour l’école et multitude de petites ouvertures pour les logements, avec un grand jardin en trait d’union tandis que le bois, présent sous forme de pièces de finition en façade, opère la transition entre le béton et la nature.

Quel regard portez-vous sur les projets urbains actuels en France ?

La mode est à un ruralisme un peu naïf qui consiste à vouloir concevoir à tout prix la ville comme un grand jardin dans une logique durable. Cette utopie de la nature ne me semble pas toujours très intéressante car elle amenuise la vitalité de la création architecturale, fait disparaître la notion même de ville comme réalité vécue et source d’inspiration. La dialectique avec la nature peut s’avérer fantomatique et priver de sens un projet. Je comprends mieux la logique de production architecturale respectant le plan urbain. Ce dernier offre une grille de travail conceptuelle dans laquelle l’architecture s’inscrit de façon cohérente et ordonnée.